France-Argentine : l'analyse

Pour être tout à fait franc - et je pense que vous l’aviez compris en lisant ce que j’avais écrit avant le match -, j’attendais ce France-Argentine sans impatience ni excitation. J’étais pessimiste et je ne croyais pas à cette équipe de France qui ne m’emballait pas. Et puis, est arrivé ce match lors duquel j’ai vraiment vibré. Déjà, merci pour ça. Deschamps a aligné la même équipe que contre le Pérou, mais pas dans le même dispositif. Matuidi jouait à son vrai poste et pas collé à la ligne de touche, et Mbappé jouait en pointe et pas milieu droit. Cela a tout changé.

Le match a été lancé par le coup-franc sur la barre de Griezmann mais surtout par cet exploit individuel hallucinant de Mbappé, qui a accéléré sur 70 mètres et provoqué le penalty transformé par Griezmann. Et puis on a ensuite eu droit à cette équipe de France qui m’agace, qui recule, qui calcule et qui s’est retrouvée menée au score sur un super but de Di Maria - qui a signalé sa présence par cette jolie frappe - et un autre très chanceux de Mercado.

Et là, j’ai aimé la réaction de cette équipe de France. Pavard a marqué, Hernandez a beaucoup plus participé au jeu, on a vu tout le monde se lâcher et c’est ce que je reprochais aux Bleus lors du premier tour : ses calculs incessants, son côté trop rationnel, trop pondéré, trop défensif. Là, les Bleus ont montré la puissance de feu de leur attaque. Alors évidemment, il y a toujours des bémols. Cette fois, c’est la partie effroyable de la défense argentine, qui est à l’image de Mascherano : d’une lenteur incompatible avec la présence d’un Mbappé dans le camp d’en face.

On attendait le match référence que son grand talent promettait. Il l’a sorti dans un moment clé. Parce qu’aujourd’hui, la France est en quart de finale. Ce qui fait que cette Coupe du Monde n’est pas encore une réussite mais qu’elle ne peut déjà plus être un échec. On sait que Deschamps tient son équipe, que Tolisso remplacera Matuidi face à l’Uruguay et qu’on repartira avec les mêmes.

Cette identité de jeu, on la connaît désormais : c’est la contre-attaque

Évidemment, face aux coéquipiers de Godin l’équipe de France n’aura pas autant d’espace que face à l’Albiceleste. Elle sera aussi probablement moins en danger derrière face à une équipe très calculatrice et d’autant plus défensive qu’elle sera peut-être privée de Cavani, sorti sur blessure face au Portugal. Les Bleus seront sans doute moins à l’aise face à ce style d’équipe, mais tout cela dépendra aussi du scénario du match.

On attendait un match fondateur après un premier tour extrêmement triste. On a eu droit à 7 buts, on a vibré et pris du plaisir et moi, c’est comme ça que j’ai envie de voir cette équipe de France à qui j’ai longtemps reproché de ne pas avoir de style. Cette identité de jeu, on la connaît désormais : c’est la contre-attaque. L’EdF n’a eu le ballon que 40% du temps et ça convent très bien aux qualités de nos joueurs. Il faut maintenant continuer à jouer le contre jusqu’au bout. C’est le style de cette équipe et c’est comme ça qu’elle aura les meilleurs résultats.

Nombre d’entre vous vont évidemment me reprocher mes critiques et mon pessimisme. Mais moi je commente les matchs au jour le jour et je n’attends pas le cul dans mon canapé que la compétition se termine pour me lancer. Je prends mes risques, j’assume ce que je pense. Je pensais que les Argentins seraient plus dangereux offensivement.

Je ne pouvais pas imaginer que Sampaoli - ou Messi, parce qu’on ne sait plus qui fait l’équipe - jouerait sans Agüero, sans Higuain, sans Dybala ni Lo Celso. En fait les meilleurs joueurs argentins étaient sur le banc. Tant mieux pour l’EdF qui a su profiter des insuffisances défensives de l’Argentine et des insuffisances de coaching de son sélectionneur. Voilà, maintenant le match qui arrive est désormais le plus important, avec une place en demi-finale en jeu. En cas de qualification, les Bleus auront déjà réussi leur mondial et pourront rêver à mieux.

Pierrot