Des Girondins aux deux visages

Battus à l'issue d'un match vivant et équilibré à Lisbonne, les Bordelais ont conservé une chance de se qualifier. Et montré qu'ils savent jouer au foot quand ils le veulent.

Il faut s'y faire : cette saison, il y a deux Bordeaux. Celui, poussif et chiant à mourir auquel on a droit presque chaque week-end en Ligue 1. Et l'autre, dynamique et plus séduisant qui nous est offert sur la scène européenne. Les Girondins ont une nouvelle fois exhibé ce visage de Janus hier soir, en réalisant malgré la défaite un bon match sur la pelouse du Benfica. Franchement, sur la physionomie de la rencontre, le nul n'aurait pas été volé.

Le match n'avait pourtant pas commencé sous les meilleurs auspices pour les hommes de Gillot. Les Portugais ont en effet démarré pied au plancher avec une première tête cadrée au bout d'à peine une minute de jeu. Mais Bordeaux n'a pas paniqué et a même commencé à pointer le bout de son nez devant. Et c'est au moment où les Girondins semblaient contrôler leur adversaire que le coup de poignard est venu, asséné par Rodrigo dont la frappe sur la transversale a rebondi sur Carrasso avant de rentrer dans le but.

Bizarrement, alors que cette ouverture du score aurait pu les assommer, les Marine et Blanc ne se sont pas désorganisés et ont continué à se montrer dangereux. Bien plus dynamiques, inspirés et créatifs qu'en championnat, ils partagent néanmoins un défaut rédhibitoire avec leur "double" hexagonal : le manque d'efficacité. L'avant-dernière passe ou le geste final ont souvent été plombés par une petite erreur technique.

Cette faiblesse offensive et ce problème de finition étaient déjà un problème avant, il est bien évident que ça ne s'est pas arrangé avec les départs de Gouffran et de Jussiê. Si Bordeaux avait dans son effectif un Payet et un Gomis (par exemple), cette équipe serait beaucoup plus proche du podium en championnat.

Pas obligés de l'affaiblir

Individuellement, j'ai bien aimé la partie de Trémoulinas, qui a proposé énormément de solutions sur le côté gauche et démontré une belle complicité avec Maurice-Belay, lui aussi percutant. Derrière, la charnière Henrique-Sané a bien tenu la route et au milieu, Plasil s'est comme à son habitude montré précieux, tout comme un Obraniak très disponible dans les intervalles. Ca n'a pas suffi hier soir, mais avec cette prestation satisfaisante les Bordelais se sont peut-être prouvés à eux-mêmes qu'ils savent jouer au foot.

Gillot avait un peu tout résumé dans la conférence de presse d'avant-match en disant que la Ligue 1, c'était la mauvaise surprise et que l'Europa League était la bonne. Un constat assez inexplicable dans la mesure où on ne peut pas dire que les Girondins subissent une pression phénoménale en championnat. Alors pourquoi parviennent-ils à jouer cette compétition européenne avec plus de relâchement et de décontraction ?

Reste à espérer que cette différence de niveau interpelle les dirigeants bordelais et leur donne envie d'avoir à l'avenir un poil plus d'ambition. Vu la conjoncture actuelle, on peut comprendre qu'il soit difficile financièrement de renforcer l'effectif. Mais ils ne sont pas obligés de l'affaiblir mercato après mercato… Maintenant, ce résultat n'est certes pas idéal mais vu le niveau de jeu assez moyen affiché par Benfica et la motivation bordelaise dans cette compétition, le match retour vaudra le coup d'oeil.


Pierrot