Espagne - France : l'analyse

Les Bleus ont donc réalisé l'exploit en prenant un point à la meilleure équipe du Monde. Pourquoi ? Comment ? Réponses ici.

Il arrive que des gens me demandent pourquoi je suis aussi sévère avec cette équipe. Eh bien voilà pourquoi : parce que quand ces joueurs daignent jouer en équipe, ils montrent qu'ils ne sont pas plus idiots que d'autres et qu'ils ont du talent. Et quand l'envie se met au niveau de ce talent et qu'il y a à la fois de la solidarité et une vraie volonté de faire quelque chose, eh bien ça marche. On a envie de leur dire : "Mais pourquoi vous ne faites pas ça plus souvent ?"

Prendre un point sur le terrain d'une équipe qui avait gagné ses 24 derniers matchs de qualification, c'est ce genre de performance qui doit faire grandir une équipe. C'était un match extrêmement intéressant sur le plan tactique, avec un début de première mi-temps très inquiétant. L'Espagne avait le monopole absolu de la balle et le but est venu assez rapidement. Un but évitable dans la mesure où tout le monde sait que sur corner, l'équipe espagnole ne peut être dangereuse que par Ramos.

Or, non seulement le défenseur madrilène a marqué, mais il a failli remettre ça en seconde période exactement de la même façon : écran de Busquets qui empêche Sakho de suivre Ramos. Le Parisien est tombé deux fois dans le panneau. Après j'avoue que certains joueurs ibériques m'ont paru très en-deçà de leur niveau habituel, notamment le trio Xavi-Iniesta-Fabregas. Et puis il s'est produit deux faits de jeu qui n'ont pas dû faire du bien aux doubles Champions d'Europe.

D'abord le but refusé à Ménez, qui était parfaitement valable. Puis le pénalty de Fabregas détourné par Lloris. Il est évident que le sentiment d'injustice mêlé au fait d'être toujours en vie a permis à l'équipe de France d'attaquer la seconde période avec plus de hargne et surtout de profiter de l'explosion physique de l'Espagne, qui s'est subitement mise à subir le pressing orchestré par Matuidi et Cabaye. Au lieu de faire simplement écran comme en première mi-temps, le Parisien et le Magpie sont allés chercher les milieux espagnols, qui ont alors commencé à souffrir.

Culture de la gagne ou bol incroyable ?

Du coup, les Bleus se sont procurés des occasions et j'ai longtemps pesté contre ce nouveau mal français : l'inefficacité offensive. A l'image de Benzema, qui contrairement à d'autres matchs a eu des opportunités de marquer mais qui n'y est pas parvenu. Et au moment où on commençait à se dire : "Eh merde, dommage encore une fois", il y a eu ces dernières secondes des arrêts de jeu qui ont dû rappeler des souvenirs à Deschamps (remember Wiltord) et ce superbe coup de tête de Giroud.

Une action où l'Espagne est coupable d'un double gonflement de melon : d'abord Cazorla - nul du début à la fin - qui se fait piquer la balle au poteau de corner. Et puis Juanfran qui tente un petit ballon piqué intercepté par Evra. Derrière, ça va très vite entre Cissoko, Ribéry et Giroud. Evidemment, il faut tirer un grand coup de chapeau à Didier Deschamps. Alors je vais certainement entendre l'habituel refrain sur la "culture de la gagne" de DD.

Ceux qui ne l'aiment pas eux, diront qu'il a eu un bol incroyable. Moi ce que je remarque chez lui, c'est ce qu'il fait en seconde période. Dans un premier temps, mené au score, il a choisi de passer en 4-4-2 en faisant rentrer Valbuena à la place de Gonalons. Et à la fin, en anticipant l'entrée de Torres mais aussi en voulant renforcer l'emprise grandissante que son équipe était en train de prendre, il a lancé Cissoko à la place de Ménez.

Après, l'entrée de Giroud, elle est aussi le fruit de la réussite de l'entraîneur. Est-ce que Benzema serait sorti s'il ne s'était pas fait mal au genou ? Mais bon, voilà : c'est aussi comme ça que s'écrit l'histoire d'un match. Toujours est-il qu'après des dernières prestations plutôt mièvres et une défaite en amical face au Japon, Deschamps a désormais quelques certitudes. Il sait qu'il y a des joueurs sur lesquels il peut compter : des mecs qui sont en train de prendre une dimension internationale (Debuchy, Matuidi), et ceux qui retrouvent ce niveau, à l'image de Ribéry.

Franchement, écrire tout ça, c'est bien agréable…

Pierrot