Nos coeurs n'y étaient pas

Ni celui des Bleus, ni le mien.

Il est bien évident qu’après France-Allemagne vendredi soir, alors que des gens venaient de risquer leur vie à 15 mètres du stade et que d’autres la perdaient à Paris, il était indécent de parler de football. Dans le même ordre d’idée, j’avoue que je ne vois pas l’intérêt d’avoir disputé ce match à Wembley. Un match unilatéralement maintenu par Noël Le Graët, après concertation avec lui-même. Alors c’est vrai, on a eu droit à une Marseillaise bouleversante et une minute de silence magnifique… Mais bon, sur le plan sportif c’était une incongruité totale.

Depuis le match face à la Mannschaft, les Bleus qui avaient quitté le Stade de France à 3h du matin après être restés par solidarité avec l’équipe allemande, étaient coupés du Monde et, pour pas mal d’entre eux, avaient plus que logiquement la tête ailleurs. Comment préparer un match international dans ces conditions ? Du coup, cet amical n’avait pas d’intérêt à être joué. Les Bleus n’allaient pas au duel et n’appuyaient pas beaucoup leurs actions… Les Anglais non plus, d’ailleurs. 

Il n’y a eu que la magnifique lunette trouvée par le jeune Alli et la volée de Rooney pour éclairer cette rencontre insipide. J’ai eu l’impression qu’il avait duré cinq heures ce match, qu’il se jouait au ralenti. Franchement, il n’a rien apporté à Deschamps, il n’a rien apporté au moral des joueurs, pas plus qu’à celui du public… Il n’a rien apporté à personne, en fait. 

Encore une fois, c'est vrai qu’elle était belle, cette Marseillaise reprise par tout Wembley, on est tous d’accord là-dessus. Mais maintenir un match pour entendre une Marseillaise, aussi belle et symbolique soit-elle, ça me paraît un peu disproportionné. Et je ne vois pas bien en quoi cela a pu aider les joueurs, à commencer par Lass’ Diarra dont la cousine fait partie des victimes et Antoine Griezmann qui a cru avoir perdu sa soeur au Bataclan.

Bien sûr, j’entends ceux qui me disent qu’il faut que la vie reprenne, qu’on ne doit pas rester terré. C’est évident. Mais quand je vois que l’équipe de France a joué alors que Belgique-Espagne a été annulé tout comme Allemagne-Pays Bas après une alerte à la bombe à Hanovre. Laisser passer une semaine aurait été de bon ton avant de retrouver le terrain, ses joies et ses peines qui font notre quotidien et notre bonheur, mais qui sont aussi totalement futiles.

Tous autant que nous sommes, il faut aussi prendre conscience de la chance qui est la nôtre de pouvoir pratiquer, regarder, commenter ou simplement apprécier le foot. Et peut-être arrêter de se prendre la tête pour des choses qui n’ont aucun intérêt. Voilà, le coeur des Bleus n’y était clairement pas hier soir. Vous aurez compris que le mien non plus. 

Pierrot