France - Espagne : l'analyse

Question : y'avait-il moyen de faire mieux, ou plutôt de faire autre chose face à l'Espagne ? Vous avez quatre heures...

C'était il y a moins d'un an. Je me souviens combien la frilosité de Laurent Blanc avait été critiquée et raillée après le quart de finale de l'Euro perdu face à l'Espagne. Alors de deux choses l'une : soit la leçon n'a pas été retenue, soit il n'y a définitivement rien d'autre à faire face à cette équipe espagnole qui, à défaut d'avoir été étincelante - loin s'en faut - au Stade de France, a cette maîtrise absolue du ballon qui en fait, contrairement à ce qu'on pourrait croire, une incroyable machine à… défendre.

D'abord, défensivement cette équipe est au-dessus du lot. Et puis, heureusement pour ses adversaires, elle ne peut pas compter sur un avant-centre de haut niveau, entre un Villa qui n'a pas retrouvé son niveau après sa fracture et un Torres qui a disparu des radars depuis un bon bout de temps. Donc, ça fait trois ans que l'Espagne gagne tout sans attaquant de pointe de haut niveau. J'ai envie de dire : qu'est-ce que ce serait si elle en avait un ?

Coté Bleu, le plan de jeu était clair et l'idée de Deschamps était en gros de refaire le même coup qu'au match aller, c'est-à-dire prendre le pas physiquement à l'heure de jeu et lâcher les chevaux. Mais pour ça, il aurait fallu ne pas encaisser de but à un moment crucial. Un but qui résulte de l'enchaînement de grosses et petites erreurs individuelles.

Y'en a qu'ont essayé...

Au départ, c'est une énorme erreur de placement de Jallet qui laisse partir Monreal dans son dos, puis le centre du néo-Gunner passe entre les jambes de Varane et à l'arrivée, but chanceux ou CSC d'Evra - difficile de savoir, même si Pedro a dit qu'il ne se souvenait pas d'avoir touché la balle. Après, une fois mené au score aussi tard dans le match puis en infériorité numérique, c'était terminé pour les Bleus.

Alors que fallait-il faire ? Prendre des risques ? Comme disait Laspallès, "y'en a qu'ont essayé, ils ont eu des problèmes". Je pense surtout qu'il aurait fallu aux Bleus une plus grande agressivité au pressing, et encore je ne suis même pas sûr que ça aurait suffi. Je pense très sincèrement que cette équipe de France n'a pas aujourd'hui les moyens de faire mieux contre une équipe aussi stable et expérimentée.

Pour faire un coup, il aurait fallu, comme à l'aller, que Lloris sorte un exploit, que Matuidi fasse une deuxième période de classe mondiale, que Valbuena mette le feu, que Sissoko explose tout côté droit et que Giroud marque. Bref, il aurait fallu une succession de "surperformances" alors qu'on a eu plutôt eu droit à des "sous-performances" de la part des Bleus, à commencer par les latéraux.

Passe encore pour Jallet, qui n'est que le 3e choix derrière Debuchy et Sagna et qui n'a joué que parce que ces deux-là sont blessés. Après, à choisir sur l'état de forme du moment, j'aurais titularisé Fanni plutôt que Jallet, mais bon. Non, le plus grave, c'est Evra, considéré comme un homme de base par Deschamps et qui renvoie bien mal la confiance que son ancien coach de l'époque monégasque lui accorde. Au-delà du niveau de jeu, c'est son implication qui est en cause.

Le château de cartes s'écroule

Devant, il est évident que Valbuena est plus à l'aise dans l'axe que sur un côté, mais ce qui frappe au lendemain du match, c'est évidemment le cas Benzema. Alors jouer seul en pointe face à l'Espagne, on est d'accord c'est un vrai cauchemar. Mais sa prestation insignifiante fait suite à 10 matchs consécutifs de disette. Benzema a du talent, c'est indéniable, mais il va falloir qu'il le montre assez rapidement.

Maintenant, il s'agit de profiter des deux matchs amicaux de juin, en Uruguay et au Brésil, pour faire des essais et donner un peu plus de temps de jeu à Giroud qui, c'est un fait entendu, est moins brillant que Benzema mais qui possède l'immense avantage de marquer des buts.

Après, avoir un point de retard sur l'Espagne après l'avoir jouée deux fois n'a rien d'infamant. L'équipe de France est à sa place et doit se servir des trois derniers matchs de qualif' pour progresser à tous les niveaux, continuer à intégrer les deux grosses satisfactions que sont Pogba et Varane et préparer au mieux un match de barrage qui s'annonce compliqué vu les équipes qui risquent d'y participer. Il ne faudrait pas qu'après cette défaite somme toute logique, le château de cartes érigé par Deschamp s'écroule comme celui de Laurent Blanc s'était effondré après la défaite face à la Suède.


Pierrot