France - Islande : l'analyse

De l’efficacité devant, des fissures derrière… Après ce succès trop facile face à l’Islande, le jeu des Bleus comporte encore trop d’incertitudes pour pouvoir aborder sereinement la demie à venir face à l’Allemagne.

« On est en demie, on est en demie ! » C’est donc la liesse un peu partout en France depuis ce matin. Evidemment, vu le contexte général du pays depuis plusieurs mois et la météo actuelle, je peux comprendre que tout le monde soit preneur de bonnes nouvelles, de joie et d’enthousiasme. Et puis c’est vrai que ce France-Islande était agréable à regarder, ce qui fait une différence notable par rapport à l’écrasante majorité des matchs de cet Euro. Maintenant, on ne peut pas non plus occulter la faiblesse de l’opposition, avec cette équipe d’Islande totalement râpée sur le plan physique - c’était son cinquième match consécutif débuté avec le même onze de départ. Et puis, après le Portugal et l’Angleterre, l’effet de surprise ne jouait plus. 

La grande qualité de l’équipe de France en première période a été de faire ce qu’il fallait pour se simplifier la vie, en pratiquant un jeu de qualité grâce notamment à un niveau technique infiniment supérieur à celui de son adversaire. A 4-0 au repos, le match était plié et la seconde mi-temps est devenue anecdotique. Certains joueurs comme Pogba et Matuidi se sont économisés, Koscielny et Giroud ont été rapidement sortis pour éviter un carton jaune synonyme de suspension bref, ce second acte ne voulait plus dire grand chose. A part que l’équipe de France souffre toujours du même mal : dès qu’un petit déséquilibre se crée derrière, elle peut concéder pas mal d’occasions et encaisser des buts assez rapidement.

Aujourd’hui, les Bleus sont en demi-finale. C’est très bien. J’avais dit avant la compétition qu’une place en demie équivaudrait à un Euro réussi. Mais je ne pouvais pas supposer qu’après un groupe déjà très facile, la bande à Deschamps aurait droit à l’Irlande en huitième puis à l’Islande en quart. Soit dit en passant, l’Irlande était d’un niveau infiniment supérieur à celui de l’Islande, il ne faut pas s’y tromper. Donc voilà, jusqu’à maintenant les Bleus ont fait ce qu’on attendait d’eux. 

Un vrai choix tactique pour Deschamps

Y’a de la joie, des buts, des attaquants qui brillent, Payet confirme, Giroud a mis tout le monde d’accord et Griezmann est au niveau maximal qu’on pouvait espérer de lui. Maintenant, tout va se jouer lors de cette demi-finale contre l’Allemagne. Une Mannschaft qui, malgré ses 24 heures de repos supplémentaires, doit certainement être un peu usée par ce match interminable face à l’Italie. Une Mannschaft qui devra surtout faire sans Hummels, sans Khedira, sans Gomez et qui compte d’autres joueurs incertains comme Boateng. 

Il n’en reste pas moins que cette équipe allemande reste, à mes yeux, supérieure à l’équipe de France. Elle a plus de maturité, plus de certitudes défensives et un milieu de terrain capable de confisquer le ballon, à l’image de Kroos qui réalise un très bel Euro. Pour Deschamps, la tentation de ne pas toucher à une équipe qui vient de mettre cinq buts est forte, mais je ne le vois pas se passer de Kanté pour ce match. Et je pense qu’on se dirige vers un retour au 4-3-3 qui ne sera pas sans poser un problème tactique, parce qu’on a tous vu que Griezmann était infiniment supérieur dans l’axe, au soutien de Giroud. 

Cette fois, Deschamps a un vrai choix tactique à faire. Parce qu’autant Löw a tout fait pour adapter le jeu de son équipe à l’Italie, autant face aux Bleus il devrait aligner une formation un peu plus conforme à celle des premiers matchs, qui va chercher à avoir une possession de balle bien supérieure à celle de l’équipe de France. En tout cas, ce France-Allemagne sera le match le plus excitant depuis deux ans, face à un adversaire de haut niveau. Il était temps…

Pierrot