France-Ukraine : l'analyse

Les Bleus iront donc au Brésil. Pourquoi ? Comment ? Et avec quelles ambitions ? On en parle en revenant sur le match le plus abouti de l'équipe de France depuis des lustres.

C'est un mercredi joyeux pour la France, qui s'est redécouvert un amour pour son équipe nationale. Après le match pourri de Kiev, une écrasante majorité des Français pensait suivre le Mondial à la télé sans les Bleus. Et puis, par la grâce d'un match réussi de bout en bout avec une implication maximale de tous les joueurs sur le terrain, les Bleus ont fait basculer leur destin, provoquant une véritable libération au sein du groupe et du grand public. Et comme à la Libération (l'historique), beaucoup de gens oublient. Ce matin, toute la France est résistante.

C'est assez savoureux. Hier, j'ai écouté toutes les radios et les Bleus ne suscitaient que vomi, désamour, haine et dégoût. Aujourd'hui, les mêmes nous ressortent le fameux "je vous l'avais dit". C'est à la fois très humain et très français. Maintenant, ce match a mis en lumière certaines réalités, et elles m'intéressent beaucoup plus car elles sont footballistiques. A commencer par celle-ci : pour la première fois depuis très longtemps, cette équipe de France a montré que, lorsqu'elle veut, elle peut.

Compte tenu de l'état épouvantable du terrain, il était difficile de pratiquer un jeu de qualité. Cela a pourtant été le cas à plusieurs reprises au coeur d'une première période dominée de façon outrancière par les Bleus, jusqu'à cette occasion sauvée sur la ligne par Debuchy juste avant la pause, qu'il ne faudra pas oublier. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il y avait de la volonté, associée à des choix tactiques payants.

En fait, Deschamps a aligné la compo qu'on attendait vendredi dernier à Kiev, avec notamment Cabaye à la baguette. Sur le papier, l'équipe alignée hier soir semblait peut-être moins offensive que celle de Kiev. Mais elle a en revanche beaucoup eu la possession. Et pour attaquer, la base ce n'est pas d'empiler les joueurs offensifs. C'est d'avoir le contrôle du ballon, surtout avec un joueur comme Cabaye. Ce garçon ne fait jamais parler de lui, il a toujours ce petit sourire, il est tout mignon, tout discret...

A la fin, c'est Deschamps qui gagne

Mais c'est avant tout un guerrier sur le terrain et sa façon de conserver la balle et de donner le tempo ont fait la diff' par rapport à l'aller. Il a apporté du liant, mais il a aussi permis à Pogba et Matuidi d'évoluer à leur vraie place et de pouvoir se projeter avec plus d'insouciance vers l'avant. Encore une fois, compte tenu de la pelouse il ne fallait pas s'attendre à marquer des buts très élaborés. Mais ces trois pions marqués un peu à l'arrache traduisent aussi l'indéfectible volonté qui animait les Bleus mardi soir.

Sans me sentir spécialement visé par les retournements de veste des uns et des autres, je n'ai pas la prétention de penser que les piques de certains d'entre nous, consultants et chroniqueurs, ont permis aux Bleus de se rassembler. J'espère surtout qu'ils n'ont pas besoin de ça. Maintenant que l'essentiel est fait, qu'ils sont sûrs d'aller à la Coupe du Monde - et on sait l'importance que ça peut avoir sur le moral des gens et sur le business autour du foot -, ce match ne doit pas faire oublier tout ce qui s'est passé depuis des mois, mais au contraire faire monter le taux d'exigence autour de cette équipe, qui a montré qu'elle était capable de bien faire.

On attend maintenant le Mondial avec plus de sérénité, mais on ne va pas non plus tomber dans une euphorie démesurée. Ce qui est sûr, c'est que le grand bonhomme de cette soirée - outre Mamadou Sakho - est sans conteste Didier Deschamps. Pas toujours épargné par les critiques quant à ses choix d'hommes ou ses options tactiques, l'ancien capitaine des Bleus a gagné à la fin, comme toujours.

Qualifiée inattendue, l'équipe de France doit jouer cette Coupe du monde l'esprit tranquille, sans pression démesurée, avec pour seul souci de faire le mieux possible et de préparer l'Euro 2016 à la maison. Il sera beaucoup plus facile à préparer en participant deux ans plus tôt à la Coupe du Monde la plus sexy de l'histoire qu'en la regardant à la maison, mortifié.

Pierrot