La malédiction du 12 juillet

Détruit par l'Allemagne mardi, le Brésil a achevé de creuser sa tombe en s'inclinant lourdement face aux Pays-Bas. Avec une prestation inquiétante de sa charnière centrale made in PSG...

Désormais, cet adage fera loi : le 12 juillet en Coupe du Monde, le Brésil en prend trois. En 1998, c’était une finale. Cette fois, c’était pour la troisième place, sur le sol brésilien. Alors évidemment, il était difficile d’imaginer une Seleçao brillantissime après sa monumentale déculottée face à l’Allemagne. Mais là c’était pire, puisqu’après un quart d’heure de jeu, on pouvait craindre que le scénario cauchemardesque de la demi-finale ne se répète et que les Néerlandais fassent aussi bien que leurs voisins germaniques. Heureusement, les hommes de Van Gaal ont eu le bon goût de ne pas appuyer plus que ça sur l’accélérateur.

Maintenant, c’est sûr qu’avec une charnière centrale qui se suicide deux fois (!), c’est compliqué de s’en relever. Sur le premier but, Thiago Silva joue les tourniquets de Prisunic et sur le second, David Luiz remet le ballon plein axe sur Blind. Avec le passif de la demi-finale et une entame de match pareille, le match était déjà terminé. Alors évidemment, les anti-Parisiens de tout bord vont faire leurs gorges chaudes de la faillite du futur axe central du PSG. Je suis personnellement plus sévère avec l’ami Thiago, qui a passé sa Coupe du Monde à chialer, avec ce surinvestissement mental néfaste et cette ulcérante émotion affichée à la fin des matchs.

« O Monstro » a passé les trois derniers mois de la saison à regarder jouer les autres au PSG, il paie aujourd’hui très cher son manque de rythme. Il était hors de forme, timoré, limite planqué… et ça s’est vu. Du coup, ce n’était pas facile pour le joueur qui évoluait à ses côtés en défense centrale, surtout quand il s’agit d’un garçon qui a d’énormes qualités mais qui manque énormément de discipline et qui, voyant son équipe partir à la dérive, s’est mis à vouloir tout faire alors que son rôle est avant tout de défendre.

 

Ère glaciaire

Mais il serait trop commode de se focaliser uniquement sur la défense centrale brésilienne. Moi dans ce match - comme lors de la demi-finale -, ce qui m’a frappé c’est surtout l’indigence absolue de ce milieu à trois, quels que soient les joueurs qui le composent. Cette fois, c’était Paulinho, Fernandinho et Ramirez. Un trio inexistant dans l’agressivité, dans le repli défensif et à la création du jeu. Jamais au contact de la défense, pas plus au contact de sa (faible) attaque. Dans ces conditions, le seul constat possible, c’est que cette équipe était beaucoup trop faible. Et on se dit qu’avec toutes leurs imperfections, des joueurs comme Ronaldinho, Kaka ou Lucas auraient apporté plus que ce pauvre Jô, qui a déjà du mal à se retourner.

Chez les Néerlandais, cette troisième place récompense une belle compétition dans son ensemble. Les partenaires de Van Persie pourront seulement regretter ce non-match et cette absence de prise de risque face à l’Argentine. Cette fois, même sans Sneijder blessé à l’échauffement, l’entrejeu des Oranje a bouffé son homologue brésilien, Robben avait retrouvé ses jambes perdues en demi-finale et tout ça s’est traduit par un très gros écart au tableau d’affichage. 

Le Brésil va désormais entrer dans une sorte d’ère glaciaire et peut-être mettre des années à se remettre de ce fiasco. Oui, l’avenir proche s’annonce sans doute très compliqué pour la Seleçao. Mais la magie du Brésil, c’est que ce pays hors norme est capable de nous sortir dans deux ans un phénomène de 16 piges qui va planter 50 buts dans le championnat local. Le problème, c’est que cette magie, cette capacité à se régénérer perpétuellement, ça fait longtemps qu’on ne l’a pas vue…

Pierrot